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Frédéric Blaimont à L' Airial Galerie

  • Exposition reportée...

    Il possède l’œil acéré des grands carnivores.

     A l’affût de ce qui pourra constituer sa pitance. Incognito, l’air de rien, il promène sur ses contemporains un regard plein d’envie, de malice, de sagacité, d’ironie. Il les croque sans état d’âme, non pas tel un caricaturiste (il ne force pas le trait, ne cherche pas à en rajouter plus que de mesure) mais plutôt tel un chroniqueur de son temps, soucieux de saisir la vérité de l’instant, de la livrer sans fard à notre rapacité d’amateurs d’images sortant de l’ordinaire. 

    Il y a dans ses tableaux une justesse qui fait mouche à tout coup, un angle d’attaque qui saisit l’humain dans toute sa singularité en même temps qu’il souligne notre rapport au corps, un rapport dont notre civilisation occidentale ne peut guère s’enorgueillir... Les ravages de la malbouffe, ou du trop-plein de nourriture, sont ainsi flagrants dans cette peinture sans complaisance.

    Chacun d’entre nous a déjà croisé les modèles de Frédéric Blaimont, ces messieurs et mesdames “ tout le monde ” dont il nous faut bien constater, malgré ce qu’il en coûte au vu de quelques-uns et de quelques-unes,  la tragique proximité. 

    Le monde est étrange, insolite, parfois grotesque, voilà ce qu’assène sans relâche le peintre. 
    Il agit tel un reporter d’antan, lorsque la vitesse ne s’était pas encore emparée de la bulle médiatique, à l’image d’un Albert Londres par exemple, capable de s’immerger dans un sujet jusqu’à ce qu’en soit extrait la réalité profonde. 
    On pourra, à partir de ses œuvres, gloser à loisir sur le monde d’aujourd’hui, sur sa supposée déliquescence, sur ses travers, sur ses ridicules. 
    C’est une des vertus de ce travail de nous permettre de le saisir dans sa complexité. Ce n’est pas la seule. Il y a chez Frédéric Blaimont une exigence esthétique et plastique dont il faut souligner la hardiesse : les couleurs vives, les fonds unis, les silhouettes tantôt dessinées tantôt peintes, le jeu monochrome, insufflent à cette peinture un surcroît de poésie. 
    La narration vise à dire l’essentiel, mais avec des mots choisis. 

     

    Ludovic Duhamel